Et voilà, c'est fait ! Pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité, un cœur totalement artificiel a été implanté dans un patient humain afin de traiter l'insuffisance cardiaque. Cela s'est passé le 18 Décembre dernier à l'Hôpital européen Georges-Pompidou (à Paris avec un nom pareil, en doutiez-vous ?).

Cette opération marque le début du premier essai clinique pour ce produit ; 3 autres patients sont prévus pour compléter cet essai.

L'insuffisance cardiaque et la prothèse Carmat

L'insuffisance cardiaque pour les nuls

Cette prothèse est là pour traiter ce qu'on appelle l'insuffisance cardiaque. C'est un terme dont tout le monde (ou presque) entend parler, mais qu'est-ce donc au final ? Demandons à notre chère Améli :

L'insuffisance cardiaque est une maladie au cours de laquelle le muscle du cœur ne pompe pas suffisamment le sang. La circulation du sang dans le corps devient insuffisante pour permettre aux organes de recevoir assez d'oxygène et d'éléments nutritifs, essentiels pour leur bon fonctionnement.
Dans un premier temps, le cœur tente de s'adapter en accélérant ses battements, puis il augmente de volume (dilatation ou épaississement des parois).
Ce surcroît de travail pour le cœur finit par aggraver la maladie.

Ainsi, le cœur - pour simplifier - n'est qu'une pompe qui va faire circuler le sang dans votre corps ; ce dernier apporte avec lui des nutriments et de l'oxygène qui permettent à vos cellules de vivre. Cependant, pour de multiples raisons, le cœur s'use et a du mal à remplir sa fonction. Les symptômes sont alors multiples en fonction de l'insuffisance : on trouve la fatigue du patient, l'essoufflement après un effort, des palpitations, tous ces symptômes deviendront de plus en plus intenses même pour des efforts faibles.

Pour les stades les plus avancés (et donc les plus graves), on a recours à la greffe. Mais cette technique possède des limitations connues du public : la difficulté de trouver un cœur à greffer, sans parler des possibilités de rejet... C'est là qu'intervient la prothèse Carmat.

La prothèse Carmat

Cette prothèse reproduit le fonctionnement d'un cœur : le principe d'une pompe en action qui va faire circuler le sang dans le corps. Comme le cœur humain, elle se compose de deux grandes cavités (les ventricules) qui sont chacune comme un ballon de baudruche dans votre main. Vous remplissez ce ballon d'eau (de sang dans notre cas), le ballon gonfle. Pour la faire sortir, vous appuyez d'un coup avec votre main sur le ballon pour le compresser et l'eau jaillit du ballon. Il s'agit (globalement, je simplifie un peu) du même système dans le corps humain.

Image de synthèse de la prothèse Carmat, crédit Le Monde

Cette prothèse pèse plus lourd qu'un cœur "normal" mais reste dans un poids raisonnable : 900 grammes pour 0,75 litre. Ce bijou technologique possède surtout deux grands avantages.

  1. Les parties en contact avec le sang sont réalisées avec des matériaux biocompatibles avec ce dernier. Cela va limiter les possibilités de rejet de la prothèse par le corps.
  2. La prothèse est intelligente : elle arrive, grâce à un système de capteurs, à adapter son rythme et son débit en fonction de l'effort que réalise le patient. En effet, notre cœur bat plus vite quand on court que lorsqu'on reste assis tranquillement dans un amphi.

Rendons maintenant à César ce qui appartient à M. Carpentier : cette machine magnifique a été conçue (entre autre) par le Professeur Alain Carpentier qui y travaille depuis une vingtaine d'années. Vous pourrez noter au passage que le temps entre la naissance de l'idée et l'autorisation de procéder à des essais cliniques est particulièrement long ; c'est pourquoi je salue la patience et la ténacité de ce grand homme.

Voici une animation qui présente la prothèse, fabriquée par la société Carmat SA, qui à l'avantage d'être facile à comprendre.

L'implantation d'accord, mais et après ?

On a donc réussi à mettre cette prothèse dans la poitrine d'un patient, un vrai. Et je vous rassure, il se porte (aux dernières nouvelles) bien. Il est évidemment sous surveillance, et était il y a quelques jours en réanimation et pouvait dialoguer avec sa famille. En revanche, je ne connais pas son état depuis lors.

Le fait que le patient soit vivant et qu'il ait l'air de se sentir bien pour l'instant pourrait suffire à en convaincre plus d'un sur l'efficacité du dispositif ! Cependant, il faut prendre un peu plus de recul pour réellement parler de résultats probants. Cette opération est la première d'une série de 4 pour réaliser des essais cliniques de cette prothèse. Les prochains jours, les prochains mois et les prochaines années seront déterminants. Ce temps qui passe va permettre d'observer les réactions sur le moyen et le long terme du corps du patient à la prothèse. Y aura-t-il des rejets ? Y aura-t-il des complications liées à l'opération ? Ou bien liées au patient en lui-même ? La prothèse aura-t-elle un problème de fonctionnement ?

Le temps et les autres essais nous donneront des indications quant à la réussite complète de la mise en place de cette prothèse. Il ne faut donc pas s'arrêter sur une opération mais suivre sur le moyen et long-terme cette avancée formidable dans le monde de la santé.

Les prothèses dans l'avenir

Ces types de prothèses seront de plus en plus utiles et demandés dans l'avenir, avec une population vieillissante comme la notre. Cependant, ces dispositifs coûtent cher, très cher, et possèdent des limitations (tout le monde ne peut en bénéficier). De plus, les matériaux peuvent être rares ou coûteux à produire, idem pour le processus de création.

Une autre technologie est en train de faire parler d'elle en ce moment. J'en parlerai sans doute prochainement™ dans un billet, il s'agit de l'impression 3D. Nous sommes actuellement capable de créer des organes vivants via l'impression 3D de cellules. Au lieu d'utiliser de l'encre ou des matériaux spécifiques pour l'impression, on utilise des cellules, qui formeront un organe bien vivant. Des mécanismes tels que cette prothèse, utilisés avec de l'impression 3D d'organes pourraient donner des résultats très intéressants pour la médecine de demain.


Sources :